Il y a une confusion tenace autour de l’amour. L’idée que tout arriverait « au bon moment », quand on serait prêt, apaisé, aligné, réparé, est confortable. Et pourtant, l’expérience réelle des relations humaines la contredit presque toujours.
L’amour n’arrive pas quand tout est réglé. Il n’arrive pas quand les blessures sont bien rangées, ni quand la vie est enfin stable. Il arrive quand une personne devient disponible d’une certaine manière, non pas mentalement ou par volonté, mais dans le corps, dans le rythme, dans la façon d’entrer en lien amoureux. Or cette disponibilité n’est ni universelle ni interchangeable.
Certaines personnes attirent par l’élan, par une énergie vive, presque brûlante. D’autres attirent par la stabilité, par quelque chose de posé, parfois silencieux. D’autres encore attirent par les mots, la pensée, la capacité à comprendre et à expliquer. D’autres enfin attirent par l’intensité émotionnelle, la profondeur, la sensation d’être touchée très vite.
C’est précisément là que naissent la plupart des blocages amoureux. On applique les mêmes conseils à des structures intérieures très différentes, comme si aimer relevait d’un mode d’emploi universel.
Dire à tout le monde « aime-toi » ou « lâche prise » part souvent d’une bonne intention, mais dans la réalité des relations amoureuses, ces injonctions tombent fréquemment à côté.
La psychologie relationnelle l’a montré depuis longtemps : nous n’entrons pas dans une relation amoureuse avec le même système nerveux, la même mémoire affective, ni les mêmes réflexes de protection. John Bowlby, fondateur de la théorie de l’attachement, l’exprimait très clairement lorsqu’il écrivait que « les schémas d’attachement tendent à se répéter, non parce qu’ils sont justes, mais parce qu’ils sont familiers ».
Beaucoup cherchent comment provoquer un retour d’affection sans voir que la question centrale n’est pas l’autre, mais le lien, et surtout le rythme intérieur depuis lequel ce lien est vécu.
Quand on parle réellement de retour d’affection, il faut distinguer plusieurs situations. Parfois, l’affection existe encore mais ne circule plus, laissant place au silence, à la distance et au refroidissement sans rupture nette. Parfois, le lien est confus, instable, contradictoire, avec des signes d’attachement suivis de retrait, des mots suivis d’absence. Parfois, la relation est terminée mais l’attachement affectif reste actif. Et parfois enfin, il n’y a plus de lien du tout, seulement une peur de lâcher.
Les rituels amoureux n’ont pas le même rôle selon ces états, ce qui rend dangereux le fait de parler de rituel d’amour comme d’une solution unique. Un rituel a toujours une fonction précise et agit sur le lien amoureux, jamais contre la personne.
Claude Lévi-Strauss rappelait que le rituel sert avant tout à « donner une forme symbolique à ce qui, sans cela, resterait vécu comme chaos ». L’amour, lorsqu’il se bloque, devient souvent exactement cela : un chaos intérieur.
Le rituel d’appel, utilisé lorsque l’affection existe encore mais ne circule plus, est le seul qui puisse concerner un éventuel retour d’affection. Il repose sur une règle absolue : ne jamais viser la personne, mais toujours viser la qualité du lien. Il s’emploie lorsqu’il n’y a ni rupture claire ni rejet explicite, mais une distance émotionnelle. Le geste est volontairement simple : une bougie blanche ou rose, un papier, un stylo, et éventuellement quelques pétales de rose séchée ou un peu de lavande. On allume la bougie pour marquer un temps à part, on écrit une seule phrase sans prénom ni demande directe – par exemple « Je souhaite que le lien entre nous retrouve la paix et la clarté » – puis on lit une fois, on plie le papier et on le range. On ne répète pas le rituel, car la répétition serait une tentative de contrôle émotionnel et non un travail symbolique. Ce rituel agit lorsqu’il existe encore une disponibilité émotionnelle chez l’autre et permet de désamorcer la tension relationnelle sans contraindre.
Le rituel de clarification, utilisé lorsque les mêmes histoires se répètent, invite à regarder une vérité plus inconfortable : ce n’est pas toujours la personne qui revient, mais le même scénario amoureux. Il s’adresse à celles et ceux qui constatent qu’ils retombent toujours dans le même type de relation amoureuse. Concrètement, on prend un carnet et un crayon, éventuellement accompagné d’une infusion de romarin ou de sauge pour favoriser le discernement émotionnel. On écrit trois relations marquantes, pas les plus belles mais celles qui ont laissé une trace, puis on note pour chacune le moment où quelque chose s’est tendu et on souligne ce qui revient. On referme ensuite le carnet sans chercher de solution immédiate. Ce rituel ne fait pas revenir quelqu’un, mais empêche de faire revenir toujours la même blessure affective.
Le rituel de séparation, utilisé lorsque l’affection empêche d’avancer, concerne les relations terminées mais encore actives intérieurement. Il ne s’agit pas d’une rupture brutale mais d’une clôture consciente. On utilise une bougie blanche ou sombre, une feuille, un peu de sel et un récipient. On écrit ce qui est terminé sans reproche ni justification, on lit une fois, on déchire la feuille, on dépose les morceaux avec le sel et on éteint la bougie sans souffler. Ce rituel coupe l’attachement, pas le souvenir, ce qui constitue une distinction essentielle dans tout travail de libération émotionnelle.
Le rituel corporel, utilisé lorsque l’émotion déborde, rappelle qu’avant toute tentative de retour affectif, il faut calmer le corps. Sinon, tout devient réaction, urgence et peur. Comme le rappelle Bessel van der Kolk, « le corps garde la trace de ce que l’esprit tente d’oublier ». On s’assoit, on pose une main sur la poitrine et l’autre sur le ventre, puis on respire lentement pendant trois minutes. Si nécessaire, on peut appliquer une goutte d’huile d’amande douce sur les poignets. Ce rituel ne fait pas revenir quelqu’un, mais rend la personne présente, stable et disponible émotionnellement.
Le rituel de lenteur, utilisé lorsque la précipitation détruit le lien, consiste à ne pas agir immédiatement face aux messages répétés, aux relances et aux tentatives maladroites. Dès que l’envie surgit, on attend vingt minutes en marchant, en buvant de l’eau ou en changeant de pièce, puis on décide. Souvent, le bon geste n’est plus le même, et parfois il n’y a plus de geste du tout.
Le rituel de présence, utilisé lorsque l’estime dépend trop du regard de l’autre, rappelle qu’un lien amoureux ne peut revenir que s’il respire. Rien n’étouffe plus un lien qu’une estime entièrement tournée vers l’autre. Il consiste à faire quelque chose pour soi, sans téléphone ni témoin, comme un café, une marche ou une musique. Ce rituel agit silencieusement et remet la personne au centre de sa valeur personnelle.
Le rituel symbolique, utilisé lorsque le mental n’écoute plus, s’adresse au symbole. Une petite fiole contenant une plante simple – lavande pour apaiser, rose pour adoucir, thym pour clarifier – est associée à une phrase courte telle que « Je me rappelle ce qui est juste pour moi ». On touche la fiole uniquement dans les moments de doute. Ce n’est pas un talisman, mais un repère intérieur.
Le rituel de questionnement, utilisé lorsque l’on ne sait plus ce que l’on attend vraiment, repose sur une seule question écrite et claire, par exemple « Qu’est-ce que j’attends qu’il ou elle répare ? ». On referme ensuite le carnet sans insister. Comme l’écrivait Paul Ricœur, « le sens n’est jamais donné, il est toujours à construire », et la question travaille souvent plus que la réponse.
Enfin, le rituel d’écoute, utilisé lorsque le lien est trop confus pour être vu seul, consiste à choisir un espace d’écoute et un regard extérieur, non pour décider à sa place mais pour éclairer. On arrive avec une question claire, on écoute et on laisse reposer. Ce rituel ne force rien et révèle ce qui est encore possible.
En conclusion, parler d’amours et de retours d’affections demande de sortir des promesses simplistes. Un lien amoureux ne se force pas ; il s’observe, se comprend, parfois se réajuste, parfois se libère. Les rituels amoureux, lorsqu’ils sont utilisés avec justesse, n’ont pas pour but de manipuler une relation ou de provoquer un retour coûte que coûte, mais d’agir sur ce qui est souvent invisible : le rythme du lien, l’attachement, la réaction émotionnelle et la posture intérieure depuis laquelle on aime. Qu’il s’agisse d’un rituel d’appel, de clarification, de séparation ou d’apaisement corporel, chacun répond à une situation précise. C’est cette adéquation qui fait la différence et permet, dans les retours d’affections comme dans les séparations nécessaires, d’éclairer le lien sans jamais se perdre soi.
Sources & inspirations essentielles
John Bowlby — Attachment and Loss
Pour comprendre les liens affectifs et leurs répétitions
https://psycnet.apa.org/record/1983-28458-000
Bessel van der Kolk — The Body Keeps the Score
Sur la mémoire émotionnelle et le rôle du corps dans l’attachement
https://www.besselvanderkolk.com/resources/the-body-keeps-the-score
Carl Gustav Jung — L’homme à la découverte de son âme
Pour la dimension symbolique et inconsciente du lien
https://www.babelio.com/livres/Jung-Lhomme-a-la-decouverte-de-son-ame/23301