Ces objets porte-bonheur qu'on garde sans oser l'avouer

Ces objets porte-bonheur qu'on garde sans oser l'avouer

Il y a une question qu'on n'entend jamais en dîner de famille, et c'est dommage, parce qu'elle donnerait sans doute la meilleure soirée de l'année.

« Vous avez quoi comme porte-bonheur ? »

On imagine la scène. Un silence un peu gêné, quelques sourires, puis quelqu'un qui affirme « moi rien du tout, je ne suis pas superstitieux ». Ce quelqu'un tiendra dix minutes. Ensuite, sans qu'on sache très bien comment on en est arrivé là, il racontera qu'il garde une pièce de deux francs dans son portefeuille depuis 1997, qu'il ne l'a jamais dépensée et qu'il ne la dépensera jamais, et que bon, d'accord, il met toujours la même chemise pour les rendez-vous qui comptent, mais ça n'a rien à voir.

Ce petit écart entre ce qu'on affirme et ce qu'on fait vraiment, figurez-vous que l'Ifop l'a mesuré. Et le résultat vaut le détour.

Trois sur dix, puis sept sur dix

En 2022, l'institut a interrogé un millier de Français sur leur rapport à la chance. Première question, assez directe : vous considérez-vous comme superstitieux ? Trois personnes sur dix ont répondu oui. Une minorité, donc. Le reste du pays s'est déclaré parfaitement raisonnable.

Puis on a posé d'autres questions, plus concrètes. Est-ce que vous croyez qu'un trèfle à quatre feuilles porte chance ? Est-ce que vous touchez du bois ? Est-ce qu'une étoile filante, ça compte ? Et là, sept personnes sur dix ont répondu oui à au moins l'une d'entre elles.

Sept sur dix qui y croient, trois sur dix qui l'admettent. Ce qui laisse quatre Français sur dix dans une zone floue assez savoureuse, où l'on possède un porte-bonheur tout en soutenant mordicus qu'on n'en a pas.

Dans le détail, le trèfle emporte l'adhésion de 52 % des gens, toucher du bois 49 %, l'étoile filante 49 % aussi. Les femmes y sont un peu plus sensibles que les hommes, trois sur quatre contre deux sur trois. Et contrairement à ce qu'on pourrait croire, ça ne recule pas avec le temps, ça progresse : sept points de plus qu'en 1990.

Une étude plus récente, réalisée en 2025 pour la Française des Jeux, confirme la tendance avec 41 % de superstitieux qui l'assument, et un détail qui fait sourire : ce sont les moins de 35 ans qui le sont le plus, 57 % contre 31 % chez les plus de 50 ans. La génération qui a grandi avec un smartphone dans la main garde des cailloux dans ses poches, et consulte volontiers son horoscope du jour entre deux notifications.

Puisque presque tout le monde est concerné, autant parler de ces objets sérieusement. Et pour ça, il faut remonter assez loin.

Ça ne date pas d'hier, ni même d'avant-hier

Depuis quand les humains transportent-ils des petits objets pour se rassurer ? La réponse surprend un peu.

Les Égyptiens de l'Ancien Empire, c'est-à-dire vers 2700 avant notre ère, portaient déjà des amulettes. On en a retrouvé des milliers dans les fouilles. Ce n'était pas une lubie de quelques originaux, mais une pratique partagée par tout le monde, des paysans jusqu'aux pharaons, et prise très au sérieux.

La plus connue s'appelle l'œil oudjat. L'histoire derrière est celle d'Horus, ce dieu à tête de faucon qui avait perdu un œil dans un combat contre son oncle Seth. Un autre dieu le lui avait reconstitué morceau par morceau. L'amulette représente donc cet œil-là, l'œil réparé, et elle est devenue le symbole de ce qui a été cassé puis remis en ordre. On la portait au cou, souvent cachée sous les vêtements. On la glissait aussi entre les bandelettes des momies, pour que la protection continue de l'autre côté.

Un détail technique en dit long. Certaines de ces amulettes ont un trou de suspension tellement fin qu'aucune cordelette n'aurait pu y passer. Elles n'étaient donc pas faites pour un vivant. On les fabriquait directement pour accompagner un mort.

L'autre grand classique égyptien, c'est le scarabée. Ce petit insecte qui pousse une boule devant lui toute la journée leur avait fait penser au soleil, qu'une divinité poussait chaque matin à travers le ciel. Le scarabée est devenu l'image de ce qui recommence. On a fini par en poser un sur la poitrine des momies, pile à l'emplacement du cœur, avec une mission très précise : au moment du jugement des morts, quand le cœur était pesé sur une balance, le scarabée devait l'empêcher de témoigner contre son propriétaire.

Un porte-bonheur qui plaide votre cause devant le tribunal de l'au-delà. Quatre mille ans plus tard, personne n'a fait mieux, même si les arts divinatoires ont depuis développé quelques autres façons de dialoguer avec ce qui nous dépasse.

Une dernière chose sur les Égyptiens, et elle va servir plus loin. Pour qu'une amulette fonctionne, il fallait réciter une formule, soit en la fabriquant, soit en la remettant à son propriétaire. L'objet en lui-même ne suffisait pas. Il fallait y déposer quelque chose.

Ce qu'il y a vraiment dans nos poches

Cherchez « porte-bonheur » sur internet et vous tomberez sur des boutiques. Des trèfles sous résine, des fers à cheval décoratifs, des petits Bouddhas qui rient, des éléphants en jade avec la trompe vers le haut. C'est joli, chacun a sa longue histoire, et personne ne dit que ça ne vaut rien.

Mais ce n'est pas ça que les gens gardent.

Ce que les gens gardent, c'est un bouton tombé d'un manteau il y a huit ans. Un caillou qui n'a strictement rien de remarquable. Un briquet qui ne fonctionne plus depuis longtemps mais qu'on continue de transporter d'un sac à l'autre, comme un animal de compagnie qu'on n'aurait pas le cœur d'abandonner. Un morceau de ticket de cinéma pour un film dont on a oublié le titre, mais pas la soirée.

Des objets qui ne valent rien, que personne d'autre ne remarquerait jamais, et qu'on retrouverait pourtant en trois secondes au fond d'un sac bourré à craquer.

La différence avec le trèfle de la boutique tient en une phrase. Le trèfle, quelqu'un vous l'a vendu. Le caillou, il s'est invité tout seul, un jour précis, pour des raisons que vous êtes le seul à connaître et que vous auriez bien du mal à défendre devant témoins.

Concrètement, quand on interroge les gens autour de soi, on retrouve à peu près toujours les mêmes catégories.

Il y a d'abord le portefeuille, qui gagne largement. Une pièce qui ne circule plus depuis le passage à l'euro. Un billet plié en quatre depuis si longtemps qu'il se déchirerait si on essayait de le lire. Une médaille de communion qu'on garde sans y croire vraiment, mais qu'on ne jetterait pour rien au monde. Le portefeuille a cet avantage d'être toujours sur nous et de n'être fouillé par personne, ce qui en fait la cachette idéale.

Il y a les objets hérités, qui sont un peu à part. La montre du grand-père, la bague de la mère, le stylo du père. Ceux-là ne portent pas seulement chance, ils portent quelqu'un. Les gens les mettent souvent dans les moments difficiles sans même y penser, comme si la main allait les chercher toute seule. Ceux qui ont perdu quelqu'un le savent bien : porter son objet, c'est une façon de garder le lien, à défaut de pouvoir encore lui parler.

Il y a les souvenirs de voyage. Du sable dans une petite fiole, un coquillage, un ticket de métro d'une ville étrangère, la clé d'un hôtel qu'on a oublié de rendre et qu'on ne rendra jamais, autant être honnête. Ceux-là ne portent pas chance à proprement parler. Ils gardent un moment où l'on a été heureux, ce qui revient à peu près au même.

Et puis il y a la catégorie dont personne ne parle. Le bouchon. Le bout de ficelle. La gomme achetée le matin d'un examen réussi il y a vingt-deux ans. Ceux-là ne sortent jamais du tiroir devant témoins, on aurait bien du mal à les justifier. Ce sont probablement les plus puissants de tous.

La balle de golf de Cologne

Reste la question que tout le monde se pose sans oser la formuler : est-ce que ça sert vraiment à quelque chose ?

Des chercheurs de l'université de Cologne se la sont posée sérieusement, et ils ont fait quelque chose d'assez rare dans ce domaine : ils l'ont testée. C'était en 2010, et l'expérience est restée célèbre.

Le protocole était d'une simplicité presque enfantine. On prend des volontaires, on leur donne une balle de golf, on leur demande de réussir dix putts à un mètre du trou. À la moitié d'entre eux, on tend la balle en disant simplement que c'est celle que tout le monde a utilisée jusqu'ici. À l'autre moitié, on tend exactement la même balle en ajoutant une petite phrase : jusqu'ici, elle s'est révélée être une balle chanceuse.

Une phrase. C'est tout ce qui séparait les deux groupes.

Ceux qui croyaient tenir une balle chanceuse ont réussi 65 % de leurs putts. Les autres, 48 %.

Les chercheurs ne se sont pas arrêtés là. Ils ont refait des tests avec un jeu de mémoire, des anagrammes, un exercice de dextérité, et cette fois en demandant aux participants d'apporter leur propre porte-bonheur. À chaque fois, ceux qui l'avaient sous la main faisaient mieux que ceux à qui on l'avait poliment confisqué au début de la séance. Et ils s'acharnaient plus longtemps sur les problèmes difficiles.

L'explication avancée rejoint curieusement ce que les Égyptiens avaient compris avec leur formule à réciter. Le porte-bonheur ne change pas la balle. Il change la personne qui la frappe. Il renforce ce que les psychologues appellent le sentiment d'efficacité personnelle, c'est-à-dire, en langage courant, la conviction qu'on va y arriver. Et quand on est convaincu d'y arriver, on essaie mieux, on tient plus longtemps, on crispe moins.

Le petit rebondissement

La suite mérite d'être racontée, parce qu'elle est honnête et qu'elle rend le sujet plus intéressant, pas moins.

Quatre ans plus tard, une autre équipe a voulu refaire l'expérience de la balle de golf. Avec plus de participants, un protocole encore plus serré, tout ce qu'il faut pour être sûr du résultat.

Et cette fois, rien. Aucune différence entre les deux groupes. La balle chanceuse n'a rien changé du tout.

Alors qui a raison ? Probablement les deux, et c'est là que ça devient parlant.

L'effet existe, mais il n'est pas automatique. Il dépend de la personne, de ce qu'elle est disposée à croire, et surtout de ce que l'objet représente pour elle. Une balle qu'un inconnu en blouse déclare chanceuse dans un laboratoire, ça peut marcher sur certains et laisser les autres complètement froids. Le caillou que vous avez ramassé le jour où votre vie a changé de direction, c'est autre chose. Personne n'a besoin de vous dire qu'il est chanceux. Vous le savez.

Ce qui fonctionne, ce n'est donc pas la superstition en général. C'est votre objet à vous, avec votre histoire dedans.

On retrouve exactement cette idée chez les gens qui semblent toujours attirer la chance. Ils ne sont pas nés sous une meilleure étoile. Ils entrent simplement dans les situations avec un peu plus d'assurance, et cette assurance fait le reste. Le porte-bonheur, au fond, c'est cette assurance-là qu'on peut mettre dans sa poche et emmener partout.

Les grands classiques ont aussi leur histoire

Puisqu'on a parlé des amulettes égyptiennes, autant rendre justice aux porte-bonheur traditionnels. Ils ont l'air un peu convenus sur les présentoirs, mais chacun traîne derrière lui des siècles de récits.

Le trèfle à quatre feuilles doit sa réputation à sa rareté. Il en pousse très peu, et personne ne sait exactement combien, ce qui arrange tout le monde. Trouver quelque chose d'aussi improbable, c'est déjà avoir eu de la chance, et le raisonnement s'est installé de lui-même. Le plus amusant, c'est que les gens qui en trouvent un en trouvent souvent d'autres ensuite. Non parce que le ciel les a choisis, mais parce qu'ils savent enfin quoi chercher.

Le fer à cheval, lui, doit être accroché les branches vers le haut, pour que la chance ne se déverse pas par terre. Personne n'a jamais très bien expliqué pourquoi la chance obéirait aux lois de la gravité, mais l'image est jolie et elle a traversé les siècles sans que quiconque songe à la contester.

Toucher du bois remonte aux temps où l'on venait consulter les arbres sacrés, ces chênes et ces frênes qu'on croyait habités. Poser la main sur le tronc, c'était demander protection. Aujourd'hui, ça donne des gens qui tapotent frénétiquement une table en mélaminé au milieu d'une réunion, ce qui ferait sans doute soupirer les druides.

Le chat noir mérite une mention spéciale, parce qu'il démontre à lui seul que tout ça est affaire de culture. Il porte malheur en France et bonheur en Angleterre. Même animal, deux destins opposés selon la rive de la Manche où il choisit de traverser la route.

La main ouverte, très répandue tout autour de la Méditerranée sous différents noms, protège du mauvais œil. Elle a l'avantage de se porter en bijou et de passer inaperçue. Beaucoup de gens en ont une au cou sans savoir exactement ce qu'elle fait là, héritée d'une grand-mère qui, elle, le savait très bien.

Et puis il y a le chiffre 13, qui mérite sa place dans cette galerie parce que les Français ont avec lui une relation particulièrement compliquée. L'Ifop a mesuré que 26 % d'entre nous lui accordent de l'importance au quotidien, et que 22 % redoutent encore de se retrouver treize à table. Mais dans le même temps, 31 % croient à la portée positive du vendredi 13, un chiffre en hausse de sept points en huit ans. Autrement dit, le même nombre fait peur à certains et donne envie à d'autres d'acheter un billet de loterie. Le 13 est probablement le seul porte-bonheur qui soit aussi un porte-malheur, selon l'humeur du jour et le montant de la cagnotte.

Personne ne choisit son porte-bonheur

Voici sans doute le plus curieux dans cette histoire, et l'étude de Cologne ne le contredit pas, au contraire.

Presque personne ne décide. L'objet arrive.

On ramasse un caillou sur une plage parce qu'il est joli, sans y penser une seconde. On le met dans sa poche. La semaine suivante, quelque chose de bien se produit, et le cerveau fait le lien tout seul, sans demander l'avis de personne. Le caillou vient de changer de statut, et il ne le perdra plus.

Ou bien on vous l'offre. Une amie vous glisse une petite pierre dans la main avant un moment compliqué. Un enfant vous tend un dessin plié en quatre. Vous n'aviez rien demandé, et pourtant vous le gardez depuis.

Parfois, l'objet réapparaît. Il traînait dans un tiroir depuis dix ans, vous le retrouvez pile au moment où vous en aviez besoin, et là, franchement, vous trouvez que ça fait beaucoup pour une simple coïncidence. C'est exactement le genre de hasard qui n'a pas tout à fait l'air d'en être un.

Ce n'est jamais l'objet qui compte. C'est le moment où il est entré dans votre vie. Un galet ramassé un mardi ordinaire reste un galet. Le même galet ramassé le jour où vous avez pris une grande décision devient un témoin. Il était là. Il sait.

Les règles que personne n'a écrites

Ce qui est remarquable, c'est que chacun invente ses propres règles et les respecte avec une rigueur de notaire, sans jamais les avoir formulées.

On ne prête pas son porte-bonheur. Jamais. C'est peut-être la seule règle universelle. Même à quelqu'un qu'on aime, même pour cinq minutes.

On ne le nettoie pas. Il doit rester exactement comme il est, avec sa patine, sa poussière et son côté légèrement douteux. Le laver, ce serait effacer quelque chose qu'on ne saurait pas nommer.

On ne le remplace pas. S'il se casse ou disparaît, on ne rachète pas le même. Ça ne marcherait pas, tout le monde le sait sans qu'on ait eu besoin de le vérifier. Il faudra attendre que le suivant arrive de lui-même.

On ne le montre pas. Sauf à une ou deux personnes, dans des circonstances exceptionnelles, et de préférence après un bon repas.

Et la règle la plus mystérieuse de toutes : on sait immédiatement quand un objet le devient. Il n'y a ni cérémonie, ni moment officiel. Un jour c'est un caillou, le lendemain c'est votre caillou, et vous seriez bien incapable de dire ce qui s'est passé entre les deux.

Le jour où on le perd

Ça arrive, et c'est toujours plus perturbant qu'on ne voudrait l'admettre.

La première réaction est invariablement disproportionnée. On retourne le sac trois fois. On refait le trajet mentalement, minute par minute. On fouille le tambour de la machine à laver avec une détermination qui inquiéterait un observateur extérieur.

Puis vient le moment où il faut bien accepter que non, il ne reviendra pas.

Et là, deux choses se produisent, généralement dans cet ordre.

D'abord une vraie petite tristesse, qu'on n'ose raconter à personne parce qu'on parle quand même d'un bouton ou d'un bout de ficelle. Cette tristesse est pourtant légitime. On a perdu un témoin, quelqu'un qui était là depuis longtemps et qui ne parlait jamais.

Ensuite, quelques semaines plus tard, une découverte un peu vexante : tout se passe très bien quand même. Les rendez-vous se déroulent normalement. Les bonnes nouvelles continuent d'arriver. Le ciel reste obstinément en place.

C'est exactement ce que la deuxième expérience de golf laissait entendre. La force n'était pas dans l'objet. Elle était dans la personne, et l'objet servait simplement à la lui rappeler. Le perdre, c'est découvrir qu'on savait déjà la convoquer sans lui.

Cela dit, si on le retrouve six mois plus tard au fond d'un manteau d'hiver, on aura quand même un sourire complètement idiot. Et ce sera parfaitement mérité.

Comment s'en fabriquer un, si vous n'en avez pas

Certaines personnes lisent tout ça en se disant qu'elles n'ont rien de tel. C'est possible, même si l'Ifop suggère que c'est plus rare qu'on ne croit. Vérifiez vos poches avant d'affirmer quoi que ce soit.

Si vraiment vous n'en avez pas, ça se fabrique, à condition de ne pas s'y prendre n'importe comment.

Ne l'achetez pas. Un objet payé quinze euros dans une boutique restera un objet payé quinze euros. Il lui manque l'essentiel, c'est-à-dire une histoire, et on ne peut pas acheter un souvenir qu'on n'a pas vécu.

Laissez-le venir. Le jour où vous vivez quelque chose de bien, regardez autour de vous et prenez ce qui traîne. Le bouchon de la bouteille, le caillou du chemin, le jeton du vestiaire. Gardez-le et voyez ce qui se passe.

Associez-le à un geste. C'est là que tout se joue, et c'est ce que les chercheurs appellent l'ancrage. Touchez-le systématiquement avant les moments qui comptent. Au bout de quelques mois, votre corps aura compris le message, et le simple fait de le toucher vous mettra dans le bon état.

Ne surchargez pas. Un porte-bonheur, très bien. Quatorze, ça devient un inventaire, et vous passerez vos journées à vérifier que tout est là. Ce n'est plus rassurant, c'est de la logistique.

Soyez raisonnable sur la taille. Un galet de deux kilos ramassé en Bretagne est certes très chargé émotionnellement, mais impraticable au quotidien. Privilégiez le format poche.

Et si le sujet vous intéresse au-delà du bouchon de bouteille, il existe des approches plus construites. Les énergéticiens travaillent avec les pierres, les intentions et les objets chargés, ce qui est une manière plus élaborée d'aborder la même question.

Ceux qui gardent des cailloux gardent aussi autre chose

Il y a un détail que les statistiques de l'Ifop laissent entrevoir sans le dire. Les gens qui croient aux porte-bonheur sont souvent les mêmes qui prêtent attention à d'autres choses.

Ce sont ceux qui remarquent les heures miroirs. Qui font attention aux coïncidences. Qui sentent l'ambiance d'une pièce en y entrant. Qui savent, sans pouvoir l'expliquer, qu'il faut rappeler untel aujourd'hui.

Ce n'est pas un hasard. Garder un objet parce qu'un moment comptait, c'est déjà une façon de prêter attention à ce qui se passe. Et quand on prête attention, on voit forcément plus de choses que les autres.

Les chiffres le confirment d'ailleurs. Dans la même étude, l'Ifop note que la croyance dans l'astrologie a progressé de onze points en vingt ans, celle dans la voyance de quatorze points, et celle dans la lecture des lignes de la main de quinze. Ce ne sont pas des courbes qui évoluent séparément. C'est un même mouvement, celui de gens qui acceptent de plus en plus de prêter attention à ce que le rationnel ne couvre pas entièrement. Le porte-bonheur dans la poche en est simplement la version la plus discrète.

Cette sensibilité est plutôt une chance. Elle se paie parfois un peu cher, quand on capte tout ce qui traîne autour, mais elle rend la vie nettement plus intéressante.

Le problème arrive quand on a le sentiment que ça parle sans qu'on comprenne quoi. Les signes s'accumulent, l'intuition insiste, et on tourne en rond avec une question qu'on n'arrive même pas à formuler correctement.

C'est exactement pour ça que les gens contactent nos consultants chez Kanditel. Pas pour qu'on leur annonce l'avenir en trois points et un graphique. Plutôt pour mettre des mots sur ce qu'ils sentent depuis des semaines et qui refuse de se laisser attraper.

Vous choisissez le médium ou le voyant dont le profil vous parle, puis le mode qui vous met à l'aise : téléphone, chat ou mail. Aucune préparation, aucun vocabulaire à connaître. Vous pouvez même garder votre caillou dans la main pendant l'échange. Personne ne vous jugera.

Ce que ça dit de nous, au fond

Ces petits objets racontent quelque chose d'assez touchant sur les êtres humains, et les Égyptiens avec leurs scarabées le racontaient déjà.

On sait parfaitement qu'un bouton ne contrôle pas l'avenir. On n'est pas naïf. Et pourtant on le garde, parce qu'on a besoin d'un point fixe quand tout bouge autour.

Le porte-bonheur, c'est une main courante. Il ne vous porte pas, il ne marche pas à votre place. Mais il est là, dans la poche, et on peut s'y tenir une seconde avant d'ouvrir la porte.

Il y a aussi autre chose. Garder un caillou parce qu'une journée était belle, c'est refuser que tout se dissolve. C'est dire : ce moment a existé, et j'en garde une preuve dans mon manteau. Dans une époque où tout va vite et où presque rien ne se conserve, il y a là quelque chose de joyeusement têtu.

Et quand vous glisserez la main dans votre poche tout à l'heure, sans y penser, pour vérifier que c'est bien là, vous saurez désormais que vous avez quatre mille cinq cents ans de compagnie.

Ce n'est pas si mal, pour un bouton.

Questions fréquentes

Les Français sont-ils vraiment superstitieux ?

Plus qu'ils ne l'admettent. Selon l'Ifop, seuls trois Français sur dix se déclarent superstitieux, mais sept sur dix croient à au moins un porte-bonheur, qu'il s'agisse du trèfle à quatre feuilles, de toucher du bois ou d'une étoile filante. L'écart entre les deux chiffres montre à quel point le sujet reste tabou, alors que la pratique est presque universelle.

Depuis quand utilise-t-on des porte-bonheur ?

Depuis au moins quatre mille cinq cents ans. Les Égyptiens de l'Ancien Empire portaient déjà des amulettes, comme l'œil oudjat ou le scarabée, qu'on glissait aussi dans les bandelettes des momies pour protéger les défunts. Certaines étaient fabriquées uniquement pour accompagner les morts.

Est-ce que les porte-bonheur fonctionnent vraiment ?

Une expérience menée à l'université de Cologne en 2010 a montré que des participants persuadés de tenir une balle de golf chanceuse réussissaient nettement plus de putts que les autres. Une tentative de réplication en 2014 n'a pas retrouvé cet effet, ce qui suggère qu'il dépend beaucoup de la personne et du lien qu'elle entretient avec son objet. Ce qui fonctionne, ce n'est pas la superstition en général, mais votre objet avec votre histoire dedans.

Le chiffre 13 porte-t-il bonheur ou malheur ?

Les deux, selon les Français. L'Ifop mesure que 26 % lui accordent de l'importance au quotidien et que 22 % redoutent d'être treize à table, mais aussi que 31 % croient à la portée positive du vendredi 13. C'est probablement le seul symbole qui soit à la fois porte-bonheur et porte-malheur, selon qu'on regarde le calendrier ou la cagnotte du loto.

Faut-il acheter son porte-bonheur ou le trouver ?

Le trouver, sans hésiter. Un objet acheté n'a pas d'histoire, et c'est précisément l'histoire qui fait sa force. Les porte-bonheur les plus efficaces sont ceux qui sont arrivés par hasard, lors d'un moment marquant, ou qui ont été offerts par quelqu'un qui compte.

Que faire si je perds mon porte-bonheur ?

Rien de grave, même si le moment est désagréable. Inutile de racheter le même, cela ne fonctionnerait pas. La plupart des gens constatent d'ailleurs que tout continue de bien se passer sans lui, ce qui révèle une chose rassurante : la force n'était pas dans l'objet mais en eux. Un autre finira par arriver de lui-même.

Peut-on prêter son porte-bonheur ?

C'est la règle que tout le monde respecte sans se l'être jamais dite : non. L'objet est lié à une histoire personnelle et à un geste répété, il ne se transmet pas. Offrir un objet à quelqu'un pour qu'il en fasse le sien est une autre démarche, et une très jolie d'ailleurs.

Pourquoi n'ose-t-on pas avouer qu'on en a un ?

Parce qu'on associe l'âge adulte à la rationalité, et qu'admettre avoir besoin d'un objet passerait pour une naïveté. Les chiffres montrent pourtant que c'est la norme, pas l'exception. Ce geste n'a rien d'irrationnel : il traduit simplement le besoin très humain d'un point d'appui face à l'inconnu.

Sources

Les Français et la superstition, Ifop, 2022 : 30 % de Français se déclarant superstitieux, 69 % croyant à au moins une superstition positive, évolution des croyances dans la voyance et la chiromancie.

Keep Your Fingers Crossed! How Superstition Improves Performance, Damisch, Stoberock et Mussweiler, Psychological Science, 2010 : l'expérience de la balle de golf et le rôle du sentiment d'efficacité personnelle.

Replication of the Superstition and Performance Study, Calin-Jageman et Caldwell, Social Psychology, 2014 : la tentative de réplication qui n'a pas retrouvé l'effet.

Amulette en forme d'œil oudjat, Musée Dobrée, Grand patrimoine de Loire-Atlantique : datation dès l'Ancien Empire et usage funéraire.

Scarabée (amulette), Wikipédia : symbolique de la renaissance et scarabées de cœur.

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