Une carte, trois cartes, cinq cartes. Toute la pratique du tarot tient dans ces trois chiffres, et c'est une excellente nouvelle pour qui débute : pas besoin d'en apprendre davantage pour tirer les cartes du tarot chez soi, un dimanche après-midi, avec une tasse de thé et une question qui traîne depuis trop longtemps. Ce guide vous emmène pas à pas dans les trois tirages de tarot que l'on transmet depuis des générations, du plus simple au plus complet, avec tout ce qu'il faut pour les lire sans se perdre en route.
Aucun don particulier n'est requis. Un jeu, une question, un peu de calme. Le reste s'apprend en tirant, et c'est de loin la partie la plus agréable.
Avant de tirer : trois petits gestes qui changent tout
Les cartes répondent à la question qu'on leur pose. Ni plus ni moins. C'est la première chose à retenir, et celle qu'on oublie le plus volontiers. Une question floue appelle une réponse floue. Une question fermée, qui attend un oui ou un non, referme la lecture avant qu'elle ne commence. « Est-ce qu'il va revenir ? » laisse les cartes muettes. « Qu'est-ce qui se joue entre nous en ce moment ? » leur donne de la place pour parler.
Vient ensuite le mélange. Battez les cartes doucement, sans hâte, le temps que votre question s'installe. Certains les coupent en trois paquets de la main gauche, d'autres en deux, d'autres pas du tout. La tradition marseillaise n'a jamais tranché, et vous pouvez choisir ce qui vous met à l'aise. Ce qui compte, c'est que le mélange soit sincère : pas de carte glissée exprès, pas de paquet réarrangé en douce. Les cartes voient tout.
Et le troisième geste est le plus doux : une question, une fois. Si la réponse ne vous plaît pas, résistez à l'envie de remélanger pour obtenir mieux. On a tous essayé. Ça ne marche jamais. La première réponse mérite d'être écoutée, et vous pourrez reposer la question dans quelques jours, quand quelque chose aura bougé.
Un mot sur le jeu. Les trois tirages de ce guide se pratiquent avec les 22 arcanes majeurs seulement, du Mat au Monde. C'est la façon la plus simple de débuter, et celle que suivent aussi les tirages en ligne de Kanditel. Si vos cartes sont encore des inconnues, le guide des 22 arcanes majeurs vous présente chacune d'elles, en douceur et sans jargon.
Le tirage à une carte : votre rendez-vous du matin
C'est le tirage le plus simple du monde, et sans doute le plus utile pour apprendre. Une seule carte, retournée au réveil, qui donne la couleur de la journée ou répond à une question légère. Le genre de rituel qui tient en trente secondes et qui finit par manquer quand on l'oublie.
Mélangez, coupez, prenez la carte du dessus ou piochez-en une au hasard dans le jeu étalé. Retournez-la. Et surtout, regardez-la vraiment avant de chercher sa signification. Qu'est-ce que l'image vous fait ? Un personnage qui avance, qui attend, qui regarde ailleurs ? Une scène tranquille ou agitée ? Cette première impression compte autant que le sens des livres, et souvent elle le devance.
La carte ne prédit pas votre journée. Elle lui donne un angle. L'Hermite un lundi matin ne veut pas dire que vous déjeunerez seul : il suggère de prendre le temps, de ne pas vous précipiter, d'écouter avant de parler. Le Chariot vous souffle d'y aller franchement. Tempérance vous invite à arrondir les angles avec ce collègue qui parle fort.
Pourquoi commencer par là ? Parce qu'en trois semaines de carte du jour, vous connaissez le jeu sans avoir rien appris par cœur. Chaque carte revient, se précise, prend une couleur bien à vous. C'est exactement ce que propose la carte du jour gratuite de Kanditel, chaque matin, en un clic, si vous n'avez pas encore de jeu sous la main.
Un petit plus qui change beaucoup : notez la carte dans un carnet, avec deux mots sur votre journée le soir venu. Au bout d'un mois, relisez. Vous serez surpris de la justesse de certaines, et vous aurez appris plus qu'avec n'importe quel manuel.
Le tirage à trois cartes : passé, présent, avenir
Voilà le tirage à trois cartes que l'on apprend en second et que beaucoup gardent toute leur vie, comme une bonne recette. Il répond à une question précise en la replaçant dans son mouvement : d'où elle vient, où elle en est, vers quoi elle va.
Votre question en tête, mélangez, coupez, puis tirez trois cartes que vous posez de gauche à droite, face cachée. Retournez-les dans l'ordre, et ne trichez pas en regardant la troisième en premier. On le sait, c'est tentant.
À gauche, le passé de la situation : ce qui l'a fait naître, ce qui pèse encore un peu. Au centre, le présent : ce qui se joue maintenant, et souvent ce que vous ne voulez pas tout à fait voir. À droite, la direction : pas un verdict, une dynamique en cours, celle qui se dessine si rien ne bouge.
Pour lire, commencez toujours par le centre. C'est la carte qui porte la question. Regardez ensuite comment celle de gauche l'explique, et comment celle de droite la prolonge. Les trois forment une phrase. La Lune au centre et le Soleil à droite ? Ce qui est flou aujourd'hui va s'éclaircir. L'Amoureux au centre et le Chariot à droite ? Le choix que vous repoussez va vous mettre en mouvement, et plutôt vite.
Un truc de débutant qui marche à tous les coups : lisez les trois cartes à voix haute, comme si vous racontiez une petite histoire à une amie. Le tarot est un langage d'images, et les images se comprennent mieux une fois mises en mots. Votre chat ne jugera pas.
Vous pouvez vous entraîner en ligne sur la page du tarot de Marseille de Kanditel, qui propose exactement ce passé, présent, avenir en trois cartes. Et pour les affaires de cœur, le tarot de l'amour reprend la même logique avec trois positions pensées pour la vie sentimentale : vous, l'autre, et ce qui vous relie.
Le tirage en croix : la grande méthode
Le tirage en croix est la méthode reine de la tradition marseillaise. Cinq cartes, dont une que l'on ne tire pas mais que l'on calcule, ce qui lui donne un petit côté énigme de magazine très réjouissant. Il demande un peu plus d'attention et offre en retour la lecture la plus riche qu'on puisse faire seul.
Mélangez, coupez, tirez quatre cartes et posez-les face cachée en forme de croix : la première à gauche, la deuxième à droite, la troisième en haut, la quatrième en bas. Le centre reste vide. Pour l'instant.
Chaque position a son rôle, et il se retient facilement. La carte de gauche, c'est ce qui joue pour vous : vos forces, vos appuis, ce qui vous porte. La carte de droite, c'est ce qui joue contre : l'obstacle, le frein, ce qui résiste. Elle se lit toujours comme une difficulté, même quand c'est une belle carte. Le Soleil à droite ? Peut-être un peu trop de confiance, ou l'envie de ne voir que le beau côté. La carte du haut est le conseil, celle qu'on appelle parfois l'arbitre : l'attitude que la situation vous demande. Et la carte du bas est l'issue, la direction vers laquelle tout cela vous porte.
Reste la cinquième, la synthèse. C'est le moment que les débutants redoutent, et c'est pourtant une simple addition de cours élémentaire. Additionnez les numéros des quatre cartes tirées. Si le total dépasse 22, additionnez entre eux les chiffres du résultat, jusqu'à tomber entre 1 et 22. Ce nombre désigne la carte de synthèse : allez la chercher dans le reste du jeu et posez-la au centre. Le Mat compte pour 22. Et si le total désigne une carte déjà présente dans la croix, elle reste au centre en pensée : sa double présence renforce simplement son message.
Un exemple, pour que tout devienne limpide. Vous tirez l'Impératrice (3) à gauche, le Pendu (12) à droite, la Papesse (2) en haut, le Chariot (7) en bas. Total : 24. Deux plus quatre font 6 : l'Amoureux. Lecture : vous avez de la créativité et des ressources (l'Impératrice), mais quelque chose est en suspens et vous freine (le Pendu). Le conseil est d'écouter votre intuition sans vous précipiter (la Papesse). L'issue est un mouvement, une avancée (le Chariot). Et la synthèse, l'Amoureux, dit que tout cela tourne autour d'un choix à faire. Cinq cartes, une phrase complète, et une question qui vient de trouver sa forme.
Pour ne pas vous perdre, lisez toujours dans l'ordre : gauche, droite, haut, bas, puis le centre en dernier. La synthèse n'ajoute pas une sixième information. Elle donne le ton de l'ensemble, la couleur sous laquelle relire les quatre autres.
C'est le tirage qu'utilisent beaucoup de tarologues professionnels. C'est aussi celui où l'on sent le mieux la limite de la pratique seul : cinq cartes qui se répondent, c'est une conversation, et il faut un peu d'habitude pour l'entendre entière. Et si une carte revient tirage après tirage, ce n'est jamais un hasard : cet article explique pourquoi, et ce qu'elle cherche à vous dire.
D'où viennent ces méthodes
Le tarot est né en Italie au XVe siècle comme un jeu de société, et il l'est resté trois bons siècles : on y jouait des parties, pas des destins. Les premières méthodes de tirage publiées apparaissent à Paris dans les années 1780, sous la plume d'un marchand d'estampes qui se faisait appeler Etteilla, son vrai nom à l'envers. Entre 1783 et 1786, il fait paraître une dizaine de livres qui expliquent, pour la première fois, comment poser une question aux cartes et comment lire ce qu'elles répondent. En 1788, il grave son propre jeu, qu'on trouve encore en boutique aujourd'hui.
Les tirages de ce guide ne viennent pas tous de lui, et la croix marseillaise telle qu'on la pratique s'est fixée plus tard, transmise de cartomancienne en cartomancien plus que par les livres. Mais c'est à cette époque que les cartes ont cessé d'être un passe-temps de salon pour devenir ce qu'elles sont restées : un endroit où l'on vient poser ses questions.
Les petits pièges du début, et pourquoi ils ne sont pas graves
Le réflexe le plus courant quand on débute, c'est d'ouvrir le livre avant d'avoir regardé la carte. Faites l'inverse. Regardez d'abord, laissez l'image parler, puis vérifiez. Vous retiendrez mieux, et vous développerez ce qui compte vraiment : votre propre lecture, celle qui ne ressemble à aucune autre.
Dans la foulée vient l'habitude de lire chaque carte séparément, comme une liste de courses. Un tirage se lit comme une phrase. Les cartes se répondent, se nuancent, se contredisent parfois, et c'est dans ces frottements que se cache le sens. Une carte seule donne une couleur ; trois cartes racontent une histoire.
Il y a aussi la tentation de prendre la carte d'avenir pour une prédiction gravée dans le marbre. Les cartes montrent une direction, pas une destination. Vous restez libre de changer de route, et c'est justement pour cela qu'on les consulte : pour voir où mène le chemin pendant qu'on peut encore bifurquer.
Et puis il y a la peur de certaines cartes, qui disparaît très vite une fois qu'on les connaît. L'Arcane sans nom, la Maison Dieu, le Diable, la Lune impressionnent par leur image et rassurent par leur sens. Aucune carte du tarot n'est mauvaise. Si l'une d'elles sort, elle indique l'endroit où quelque chose bouge, et c'est précisément ce qu'on était venu chercher.
Quand passer de la pratique à la consultation
Tirer les cartes soi-même est un beau compagnonnage. On apprend à se connaître, à formuler ses questions, à écouter ce qu'on savait déjà sans se l'être dit. Beaucoup de nos clients ont commencé comme ça, avec un jeu acheté sur un coup de cœur et un carnet à moitié rempli.
Et puis il arrive qu'une question dépasse le jeu. Une décision qui n'avance pas. Une relation qui pose la même question depuis des mois. Un tirage en croix qu'on refait trois fois sans réussir à l'entendre. C'est là qu'un tarologue apporte ce que la pratique seule ne donne pas : un regard extérieur, qui n'a pas vos filtres, et une habitude de la conversation entre les cartes qui lui permet de voir en cinq minutes ce que vous cherchez depuis des semaines. Un cartomancien travaille de la même façon avec d'autres jeux, oracles ou cartes ordinaires. La consultation part de votre question, par téléphone, par chat ou par mail, et vous repartez avec une lecture qui vous appartient.
Entre les deux, les tirages de tarot gratuits de Kanditel font une très bonne école : la carte du jour pour s'exercer au quotidien, le trois cartes pour une question qui se pose, le tarot de l'amour pour les affaires de cœur. Vous apprenez en tirant, et le jour où une question compte vraiment, vous savez déjà comment la poser.
Alors sortez votre jeu, ou ouvrez la page de la carte du jour. Mélangez, posez votre question, retournez. Vous venez de rejoindre quelques siècles de curieux qui ont fait exactement le même geste, et qui en sont ressortis un peu plus légers.
Questions fréquentes sur les tirages de tarot
Peut-on tirer les cartes du tarot soi-même sans don particulier ?
Oui. Tirer les cartes est une pratique qui s'apprend, pas un don. Il faut un jeu, une question claire et un peu de régularité. La carte du jour, pratiquée quelques semaines, suffit pour se familiariser avec les 22 arcanes majeurs et commencer à lire des tirages simples.
Quel tirage de tarot choisir quand on débute ?
Le tirage à une carte pour apprendre les significations et prendre l'habitude quotidienne, puis le tirage à trois cartes passé, présent, avenir pour répondre à une question précise. Le tirage en croix vient ensuite, quand les cartes sont devenues familières.
Comment calculer la carte de synthèse du tirage en croix ?
Additionnez les numéros des quatre cartes tirées. Si le résultat dépasse 22, additionnez ses chiffres entre eux jusqu'à obtenir un nombre entre 1 et 22. Ce nombre désigne la carte de synthèse, à poser au centre de la croix. Le Mat compte pour 22.
Faut-il tirer les cartes avec les 78 cartes ou seulement les 22 arcanes majeurs ?
Pour débuter, les 22 arcanes majeurs suffisent largement et donnent des tirages clairs. Les 56 arcanes mineurs ajoutent de la nuance et du détail, et s'apprennent plus tard, une fois les majeurs bien connus.
Peut-on se tirer les cartes tous les jours ?
Oui pour la carte du jour, qui est justement un rituel quotidien. Pour les questions importantes, mieux vaut laisser passer du temps entre deux tirages sur le même sujet, le temps que la situation évolue. Reposer la même question plusieurs fois de suite brouille la lecture.
Que faire si une carte qui fait peur sort dans mon tirage ?
La regarder comme les autres. L'Arcane sans nom parle de transformation, la Maison Dieu de libération, le Diable d'attachement, la Lune d'intuition. Aucune carte du tarot n'annonce un malheur. Elles indiquent l'endroit où quelque chose change, ce qui est souvent la réponse la plus utile.
Quand consulter un tarologue plutôt que tirer les cartes soi-même ?
Quand une question revient sans trouver de réponse, quand un tirage reste incompréhensible malgré plusieurs lectures, ou quand une décision importante est en jeu. Un professionnel apporte un regard extérieur et une habitude de la lecture en combinaison que la pratique seule met des années à construire.
Sources
Cartomancie : les tarots, Encyclopædia Universalis : Etteilla, ses ouvrages de 1783 à 1786 et son jeu gravé en 1788 ; Court de Gébelin et le Monde primitif (1781).
Tarot de Marseille et tradition française : les jeux historiques conservés à la Bibliothèque nationale de France et la tradition de lecture marseillaise.
Je tire les cartes du tarot de Marseille, éditions Leduc : méthode de tirage et tirages en croix dans la tradition marseillaise.
Etteilla, Jean-Baptiste Alliette le Jeune dit (1738-1791), Encyclopædia Universalis : marchand grainier puis marchand d'estampes, auteur des premiers manuels de tirage.