Les 56 arcanes mineurs du tarot : les cartes qu'on oublie toujours de lire

Les 56 arcanes mineurs du tarot : les cartes qu'on oublie toujours de lire

Cinquante-six cartes sur soixante-dix-huit. Presque les trois quarts du jeu. Et pourtant, quand on ouvre un tarot pour la première fois, ce sont les vingt-deux grandes figures qu'on regarde, le Mat, la Lune, le Soleil, et les cinquante-six autres restent dans la boîte comme les pièces d'un puzzle qu'on finira bien par poser un jour. Ce jour est arrivé. Les arcanes mineurs du tarot sont plus simples qu'on ne le croit, beaucoup plus bavards qu'on ne l'imagine, et ce guide vous les présente famille par famille, avec la signification des arcanes mineurs en amour, au travail et au quotidien.

Bonne nouvelle pour commencer : vous les connaissez déjà un peu. Les cartes ordinaires avec lesquelles vous jouez à la belote sont leurs cousines germaines.

Les arcanes mineurs, qu'est-ce que c'est ?

Le tarot de Marseille compte 78 cartes. Vingt-deux portent un nom et une image, du Mat au Monde : ce sont les arcanes majeurs, que nous avons présentés dans le guide des 22 arcanes majeurs. Les cinquante-six autres se répartissent en quatre familles de quatorze cartes, qu'on appelle les couleurs ou les enseignes : les bâtons, les coupes, les épées et les deniers. Dans chaque famille, dix cartes numérotées de l'as au dix, et quatre personnages, le valet, le cavalier, la reine et le roi.

Si cette structure vous rappelle quelque chose, c'est normal. Le tarot est né au XVe siècle quand des cartiers italiens ont pris un jeu de cartes ordinaire de 56 cartes, déjà organisé en quatre couleurs, et y ont ajouté 22 atouts. Les arcanes mineurs sont donc ce jeu d'origine, resté presque intact. Nos cartes françaises en sont la version simplifiée : les bâtons sont devenus les trèfles, les coupes les cœurs, les épées les piques, les deniers les carreaux, et le cavalier a disparu. Quand vous posez un as de cœur sur la table un soir de belote, vous jouez avec le lointain cousin d'un as de coupe.

Les mots eux-mêmes racontent une histoire. « Arcane » vient du latin arcana, les choses secrètes, et le terme ne date que du XIXe siècle : les cartiers de Marseille, eux, parlaient simplement d'atouts pour les grandes cartes et de cartes de couleur pour les autres. « Majeur » et « mineur » ne veulent pas dire important et secondaire. Les majeurs parlent des grandes forces à l'œuvre dans une situation. Les mineurs racontent le détail, le concret, la vie de tous les jours. Dans un tirage, ce sont souvent eux qui donnent la réponse la plus précise.

Pourquoi les cartes du Marseille n'ont pas de dessin

Ouvrez un tarot de Marseille au hasard sur le sept de bâtons : vous verrez sept bâtons entrelacés, des feuillages, et c'est tout. Pas de scène, pas de personnage, pas d'indice. C'est la première surprise des débutants, souvent habitués aux images du Rider-Waite, le jeu anglais de 1909 où chaque carte raconte une petite histoire dessinée.

Ce n'est pas un oubli. Les cartiers du XVIIe et du XVIIIe siècle fabriquaient des jeux pour jouer, et un sept de bâtons n'avait pas besoin d'autre chose que sept bâtons. La tradition marseillaise de lecture s'est donc construite autrement, sur deux appuis très simples : la couleur, qui dit de quel domaine de la vie on parle, et le nombre, qui dit à quelle étape on en est. Un sept de bâtons, c'est l'étape sept dans le domaine des bâtons. Une fois qu'on connaît les quatre couleurs et les dix étapes, on connaît quarante cartes d'un coup. C'est bien plus rapide qu'apprendre quarante dessins.

Les seize personnages, eux, ont un visage, un geste, une posture. On les lit un peu comme les majeurs, en regardant qui ils sont et ce qu'ils font.

Les quatre couleurs : quatre domaines de votre vie

Chaque enseigne couvre un territoire. Les retenir est la clé de tout le reste.

Les bâtons parlent d'énergie, d'élan, de projets. C'est la couleur de l'action, de ce qu'on entreprend, de la créativité qui pousse à faire. Quand les bâtons sont nombreux dans un tirage, quelque chose bouge, se construit, s'anime. Au travail, ce sont les initiatives et les ambitions. En amour, le désir et l'enthousiasme des débuts.

Les coupes parlent du cœur. Les sentiments, les relations, les émotions, tout ce qui se reçoit et se partage. C'est la couleur de l'amour sous toutes ses formes, amoureux, amical, familial, et celle de l'intuition. Beaucoup de coupes dans un tirage, et la question est affective, même si elle a l'air de parler d'autre chose.

Les épées parlent de l'esprit. Les idées, les décisions, les paroles, les conflits aussi. C'est la couleur qui tranche, qui clarifie, qui parfois blesse. Elle a mauvaise réputation chez les débutants, à tort : les épées sont les cartes de la lucidité, et une bonne décision commence toujours par une épée.

Les deniers parlent du concret. L'argent, le travail au sens matériel, le corps, la maison, tout ce qui se touche et se compte. C'est la couleur de la sécurité, de ce qu'on bâtit pour durer. Elle rassure, elle ancre, elle rappelle que la vie a aussi besoin de toit et de pain.

La tradition occultiste du XIXe siècle a associé ces quatre couleurs aux quatre éléments, feu pour les bâtons, eau pour les coupes, air pour les épées, terre pour les deniers. Les cartiers de Marseille n'y avaient pas pensé, mais l'image est commode et beaucoup de lecteurs l'utilisent : le feu qui anime, l'eau qui ressent, l'air qui pense, la terre qui porte.

Les dix étapes : une petite histoire qui se répète

Les cartes numérotées racontent, dans chaque couleur, le même chemin de l'as au dix. Apprenez-le une fois, vous le reconnaîtrez partout.

L'as, c'est la graine. Le tout début, le potentiel pur, l'énergie de la couleur à l'état brut. L'as de coupe est un amour qui commence, l'as de denier une opportunité concrète, l'as de bâton une idée qui donne envie de se lever, l'as d'épée une décision claire qui s'impose.

Le deux, c'est la rencontre. Deux forces se font face : un choix, un échange, un équilibre à trouver. Le deux de coupe est la carte du couple et de l'entente, le deux de denier celle des jonglages du quotidien, quand il faut tenir deux choses à la fois.

Le trois, c'est la première réalisation. Quelque chose prend forme, un projet avance, une relation s'ouvre à d'autres. Le trois de coupe parle de fête et d'amitié, le trois de bâton d'un projet qui commence à porter.

Le quatre, c'est la stabilité. On pose, on structure, on sécurise. Le quatre de denier garde, parfois un peu trop ; le quatre de coupe s'installe dans une relation ; le quatre de bâton célèbre une base solide.

Le cinq, c'est le mouvement qui dérange. Le passage, le changement, parfois le petit déséquilibre qui oblige à bouger. Les cinq ont une réputation difficile ; en réalité ils annoncent qu'on ne restera pas au même endroit, et c'est souvent une excellente nouvelle.

Le six, c'est l'harmonie retrouvée. Après le cinq qui bouscule, le six apaise, redonne, rééquilibre. Le six de coupe est la douceur des souvenirs et des retrouvailles, le six de denier la générosité et l'échange juste.

Le sept, c'est l'effort et la question. On a avancé, et on se demande si ça vaut le coup. Le sept de bâton tient bon face aux difficultés, le sept de coupe hésite entre trop de possibilités.

Le huit, c'est la maîtrise. On sait faire, on avance vite, on travaille bien. Le huit de denier est l'artisan appliqué, le huit de bâton le message ou le mouvement rapide.

Le neuf, c'est la presque fin. L'accomplissement est proche, parfois avec une dernière inquiétude. Le neuf de coupe est la carte du vœu exaucé, le neuf de denier celle de l'indépendance gagnée.

Le dix, c'est le plein. Le cycle est achevé, la couleur a donné tout ce qu'elle avait. Le dix de coupe est le bonheur familial, le dix de denier l'héritage et la prospérité durable, le dix de bâton la charge qu'on porte quand on a trop pris, et le dix d'épée la fin d'une période difficile, après laquelle on ne peut que remonter.

Vous voyez le principe : le nombre donne l'étape, la couleur donne le domaine, et la carte se lit toute seule. Un trois de denier, c'est une première réalisation dans le concret : un travail qui commence à être reconnu. Un six de coupe, c'est l'harmonie dans le domaine du cœur : une tendresse qui revient. Il n'y a rien à apprendre par cœur, seulement deux idées à croiser.

Les seize personnages : votre entourage dans les cartes

Dans chaque couleur, quatre figures. Elles représentent des personnes de votre entourage, ou des facettes de vous-même, ou des attitudes à adopter, selon la question. Avec un peu d'habitude, on les reconnaît comme on reconnaît ses collègues au bureau.

Le valet est le jeune, le débutant, le messager. Il apporte une nouvelle, propose une idée, commence quelque chose avec la fraîcheur de qui n'a pas encore d'habitudes. Le valet de coupe est le soupirant timide ou la déclaration qui arrive, le valet de denier l'étudiant sérieux ou l'offre à étudier.

Le cavalier est le mouvement. Il part, il arrive, il agit, il porte la couleur d'un endroit à un autre. C'est lui qui annonce qu'une situation va bouger. Le cavalier de bâton fonce, le cavalier de coupe apporte une proposition de cœur, le cavalier d'épée arrive avec une décision ou une parole qui tranche, le cavalier de denier avance lentement mais sûrement.

La reine est la maîtrise intérieure de la couleur. Elle ressent, elle comprend, elle rayonne sans forcer. La reine de coupe est la bienveillance incarnée, la reine d'épée la lucidité et l'indépendance, la reine de bâton l'énergie chaleureuse, la reine de denier la femme qui tient la maison et les comptes avec le sourire.

Le roi est la maîtrise extérieure. Il décide, il dirige, il assume. Le roi de coupe est le conseiller sage et affectueux, le roi d'épée le juge ou l'expert qui tranche, le roi de bâton le chef d'équipe entraînant, le roi de denier l'homme d'affaires solide sur qui l'on peut compter.

Dans un tirage amoureux, les figures désignent souvent la personne concernée ou celle qui va entrer dans votre vie. Dans une question de travail, elles parlent de collègues, d'un supérieur, d'un partenaire. Et parfois, surtout quand la même figure revient, elles vous désignent vous, et l'attitude que la situation vous invite à prendre.

Comment les majeurs et les mineurs se parlent

C'est là que le tarot complet devient passionnant. Dans un tirage avec les 78 cartes, les majeurs donnent le climat et les mineurs donnent la météo du jour. Un majeur seul dit « quelque chose d'important se joue ». Les mineurs autour disent où, comment, avec qui.

Un exemple, en trois cartes passé, présent, avenir, selon la méthode détaillée dans notre guide pour tirer les cartes soi-même. Vous tirez le cinq de coupe, puis la Tempérance, puis le deux de coupe. Lecture : une déception affective dans le passé (le cinq de coupe, le mouvement qui dérange dans le domaine du cœur), un apaisement en cours (la Tempérance, arcane majeur de l'harmonie), et une rencontre ou une entente à venir (le deux de coupe). Les deux mineurs ont dit de quoi on parle, l'amour ; le majeur a dit la force qui agit, la réconciliation.

Autre exemple, pour une question de travail : le huit de denier, le Chariot, le valet de bâton. Un travail appliqué et bien fait (le huit de denier), une avancée nette (le Chariot), et une proposition ou une nouvelle qui ouvre un projet (le valet de bâton). On voit la différence de niveau : le Chariot dit « ça avance », les deux mineurs disent « grâce à votre sérieux, et vers quelque chose de neuf ».

Une règle simple pour commencer : quand un tirage contient surtout des majeurs, la question est plus grande que vous ne le pensiez. Quand il contient surtout des mineurs, la réponse est dans vos mains, dans le concret, dans les gestes du quotidien. Et quand une couleur domine, elle vous dit de quel domaine la question relève vraiment, ce qui est souvent la première surprise.

Par où commencer avec les mineurs

Pas la peine d'apprendre les cinquante-six d'un coup. Commencez par les quatre as, un par couleur, et tirez-les avec vos majeurs pendant quelques jours. Puis ajoutez les dix de chaque couleur, le début et la fin du chemin. Puis les reines et les rois. Les cartes du milieu viendront d'elles-mêmes, par le nombre et la couleur, sans effort.

Et si vous préférez voir d'abord comment elles se comportent avant d'ouvrir votre jeu, les tirages de tarot gratuits de Kanditel permettent de s'exercer avec les majeurs, le temps de les connaître ; les mineurs viendront ensuite enrichir vos tirages à la maison. Une habitude que beaucoup de nos lectrices ont prise : la carte du jour le matin avec les majeurs, et le soir, chez soi, une carte mineure tirée du jeu complet pour voir comment la journée s'est traduite dans le détail.

Si une carte revient souvent, mineure ou majeure, cet article explique ce qu'elle cherche à vous dire. Les mineurs qui s'accrochent sont d'ailleurs très parlants : un cinq de denier qui revient parle d'une inquiétude matérielle qu'on n'a pas encore regardée, un sept de coupe qui insiste parle d'un choix sentimental qu'on repousse.

Quand les 78 cartes dépassent la pratique seule

Lire les mineurs chez soi est une joie tranquille. On commence à voir le détail là où l'on ne voyait que les grandes lignes, et les tirages prennent une précision qui surprend. Beaucoup de nos clientes ont fait ce chemin, du jeu de 22 au jeu de 78, avec la satisfaction de celle qui comprend enfin la fin du film.

Et puis il y a les tirages où tout se mélange. Trois épées, deux coupes, un majeur au milieu, et une question qui compte vraiment. C'est précisément le terrain d'un tarologue : lire les 78 cartes en combinaison est un métier, et la façon dont un sept d'épée change le sens d'une Étoile posée à côté s'apprend en années de pratique. Un cartomancien travaille de la même manière avec d'autres jeux, et c'est souvent lui qui connaît le mieux les petites cartes, puisque les jeux ordinaires en sont faits. Pour une question sentimentale, nos consultantes en voyance amour savent faire parler les coupes comme personne.

Alors ouvrez la boîte en entier, cette fois. Posez les quatre as sur la table, regardez-les un moment, et remarquez comme chacun a déjà sa couleur et son humeur. Le reste du jeu attend, patiemment, et il a cinquante-six choses à vous raconter.

Questions fréquentes sur les arcanes mineurs

Que sont les arcanes mineurs du tarot ?

Les arcanes mineurs sont les 56 cartes du tarot qui ne portent pas de nom, réparties en quatre couleurs de 14 cartes : bâtons, coupes, épées et deniers. Chaque couleur compte dix cartes numérotées de l'as au dix et quatre figures, valet, cavalier, reine et roi. Ils complètent les 22 arcanes majeurs.

Peut-on lire le tarot sans les arcanes mineurs ?

Oui, et c'est même la façon la plus courante de débuter : les 22 arcanes majeurs suffisent pour des tirages clairs. Les arcanes mineurs ajoutent le détail et la précision, et s'apprennent dans un second temps.

Que signifient les quatre couleurs du tarot ?

Les bâtons parlent d'énergie et de projets, les coupes de sentiments et de relations, les épées d'idées et de décisions, les deniers de concret, d'argent et de travail. Dans un tirage, la couleur dominante indique le domaine de vie dont la question relève vraiment.

Pourquoi les arcanes mineurs du tarot de Marseille n'ont-ils pas de dessin ?

Les cartiers du XVIIe et du XVIIIe siècle fabriquaient des jeux pour jouer, et les cartes numérotées n'avaient besoin que de leur symbole répété. La lecture marseillaise s'appuie donc sur la couleur et le nombre. Le Rider-Waite, jeu anglais de 1909, a ajouté des scènes dessinées sur ces cartes.

Quel est le lien entre le tarot et les cartes à jouer ordinaires ?

Les deux viennent du même ancêtre : un jeu de 56 cartes en quatre couleurs, apparu en Europe au XIVe siècle. Le tarot y a ajouté 22 atouts au XVe siècle ; les cartes françaises l'ont simplifié en remplaçant bâtons, coupes, épées et deniers par trèfle, cœur, pique et carreau, et en supprimant le cavalier. Un as de cœur et un as de coupe sont cousins, pas père et fils.

Les épées sont-elles des cartes négatives ?

Non. Les épées parlent de l'esprit, des idées, des décisions et de la clarté. Certaines évoquent des tensions ou des paroles qui tranchent, mais elles sont avant tout les cartes de la lucidité, et une bonne décision commence souvent par une épée.

Comment apprendre les 56 arcanes mineurs facilement ?

En croisant deux idées : la couleur donne le domaine, le nombre donne l'étape du chemin, de l'as (le début) au dix (l'accomplissement). Commencez par les quatre as, puis les dix, puis les figures ; les cartes du milieu se déduisent sans apprentissage par cœur.

Sources

Cartomancie : les tarots, Encyclopædia Universalis : structure du jeu, Court de Gébelin, Etteilla, Rider-Waite.

Tirer et lire les cartes, éditions Leduc : le tarot né d'un jeu classique de 56 cartes auquel ont été ajoutés 22 atouts.

Rencontre des arcanes majeurs et mineurs du tarot de Marseille, Colette Silvestre, Grancher, 2016, notice de la Bibliothèque nationale de France : les 56 arcanes mineurs, quatorze cartes par enseigne.

Le tarot de Marseille de Nicolas Conver, éditions Leduc : le jeu à enseignes italiennes conservé à la BnF, la date 1760 sur le deux de deniers.

Tarot de Marseille et tradition française : les jeux historiques de Noblet, Dodal et Conver.

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